Blog des étudiants de L’Ecole de design Nantes Atlantique en design d’espace

10 juin 2009    Vie des promos   

Publié par g.thomas

Mise en lumière

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Depuis toujours, la lumière a occupé une place importante à travers le domaine artistique. La lumière, quelle soit naturelle ou artificielle a été exploitée à travers le temps pour montrer, dévoiler,embellir ou encore faire passer une émotion, depuis les tableaux de Vermeer jusqu’aux jeux de lumière sur les vitraux des églises orthodoxes. Le théâtre reprend les mêmes principes de dramaturgie, comme la peinture, en créant, par exemple, l’illusion du naturel par le travail sur la couleur et les volumes. La lumière est désormais devenue un moyen d’expression plastique à part entière utilisée par de nombreux artistes. Le but de cet article étant de s’attarder plus précisément sur le rôle de la lumière au sein de la scénographie dans le théâtre.

Le mot théâtre vient du mot grec « skêné » qui signifie, contempler. Le théâtre est  donc d’abord un art visuel, en effet, que serait la scène sans lumière sinon une salle plongée dans l’obscurité? C’est pourquoi depuis la nuit des temps, la lumière a été utilisée dans le théâtre afin de révéler toute la dimension du spectacle.

On peut citer par exemple le théâtre de Molière, dans la pièce du Malade Imaginaire dans laquelle les effets étaient multipliés : diffraction des lumières sur les gouttes d’eau et les cristaux des girandoles, reflet sur les costumes… Le choix des matières et des couleurs supposaient donc un travail minutieux quant à l’utilisation de la lumière. Jusqu’en 1720, les théâtres étaient éclairés par des chandelles de suif, ce qui comportait de grands risques d’incendies. Les chandelles laissèrent place à la lampe d’Argand Quinquet une trentaine d’années plus tard, en 1785. (une lampe à huile à réservoir latéral et double courant d’air, dix à douze fois plus puissante qu’une simple chandelle) L’apparition du gaz en 1820 fut une grande révolution et la lampe d’Argand ne fut bientôt plus employée que pour les répétitions et les travaux intérieurs.

Lampe d'Argand Quinquet

Lampe d'Argand Quinquet

L’électricité fait son apparition pour la première fois à l’Opéra à Paris en 1846 pour les représentations du Prophète monté par Meyerbeer. L’emploi de la lumière électrique fut pendant longtemps limité à créer des effets tels que l’imitation de phénomènes naturels, levé de soleil, arc-en-ciel, pleine lune etc. La lumière n’était pas encore exploitée comme moyen d’expression dramatique. C’est grâce à la rencontre entre Craig et Appia que naîtra une nouvelle approche de la lumière dans le théâtre. Ils attribuent dès lors un rôle fondamental à la lumière dans leur esthétique visuelle et artistique. La lumière, s’évadant du cadre de la scène dramatique, non plus soumise aux strictes servitudes que celle-ci lui impose, libérée de toute contrainte, devient elle-même élément essentiel du spectacle. C’est ainsi que de nos jours la lumière est devenue un élément entièrement constitutif de la mise en scène et indispensable à la scénographie. Désormais l’éclairage prend une place considérable dans le budget du théâtre.

La lumière a un rôle fondamental dans le théâtre, tout d’abord pour son rôle premier qui est d’éclairer. Dans ce lieu, la lumière permet au spectateur de voir la scène, les décors, les acteurs. Car au théâtre, on part du noir. La salle de spectacle est plongée dans l’obscurité, sans la lumière, elle resterait dans le noir et la représentation serait réduite à des voix déclamant des textes. Dans ce cas « autant rester chez soi et écouter la radio». La lumière et donc l’ombre sculptent l’espace, donnent à voir la réalité des volumes, des corps et des décors. Elle apporte la vie, ou son illusion à l’espace vide de la scène en attente des acteurs et du public. On pourrait penser que la fonction de l’éclairage au théâtre est uniquement de rendre les comédiens et la scénographie visible aux yeux de public mais c’est bien plus que cela.

Gordon Craig

Gordon Craig

Adolphe Appia

Adolphe Appia

A la fin du XIXe début XXe siècle, les réflexions de metteurs en scène comme Craig et Appia ont eu une réelle influence sur l’importance de la lumière. En effet, ces hommes ont mené une réflexion et une théorisation très importante concernant  la réforme de l’esthétique de la mise en scène théâtrale. Ils ont eu une remise en question profonde qui a touché non seulement la manière de mettre en scène, mais aussi les décors et enfin la lumière. Ils ont créé  une nouvelle perspective de conception scénique. Avant ces réflexions les décors de théâtre étaient essentiellement constitués de décors en toiles peintes. Appia a rejeté le jeu sur les deux dimensions pour mettre en valeur un jeu tridimensionnel vivant, parce qu’il croyait que les nuances d’ombre étaient autant nécessaires que la lumière, ce qui formait une certaine connexion entre l’acteur et son espace de jeu, entre le temps et l’espace. Craig quand à lui défendait un art fondé sur le mouvement, la couleur, l’éclairage qui sculpte l’espace scénique. Il apparaît alors comme évident que cette remise en cause de l’utilisation de l’espace scénique à également touché la lumière.

«  J’ai essaye de lui dire – sans lui dire- qu’il cherchait ce que je cherchais moi même – ce que je crois avoir trouvé : le seul, le vrai matériau pour l’art du théâtre, c’est la lumière, et à travers la lumière, le mouvement »
Note de Craig au sujet d’Appia dans son DayBook 3

Croquis de mise en scène d’Hamlet par Gordon Craig

Croquis de mise en scène d’Hamlet par Gordon Craig

En effet, une des questions qu’Appia se pose parmi tant d’autres : quelle est la fonction de l’éclairage scénique à son époque? La lumière nous permet d’y voir clair.  Mais « Y voir clair » ne peut résumer la  fonction de l’éclairage théâtrale. Il lui apparaît nécessaire d’élaborer un véritable art de la lumière et de ne pas se contenter de constater à travers elle le chaos représentatif. Elle est et doit être source de vie.

Croquis de mise en scène «Esoaces Rythmique» par Appia

Croquis de mise en scène «Esoaces Rythmique» par Appia

Ces réflexions arrivent peu après l’invention de l’électricité et c’est en quelque sorte l’apparition de cette nouvelle technique qui pourra leur permettre de concrétiser ces théories. Appia a compris, dès les débuts de l’éclairage électrique au théâtre, à une époque où l’on s’en servait surtout pour générer des effets, que l’on pouvait utiliser cette innovation technique au service de l’expression dramatique. Il a rapidement pris conscience de l’apport des projecteurs, capables de diriger la lumière, la concentrer,  la rendre mobile, changer son intensité.  Dès lors pour lui la lumière doit être un moyen d’expression à travers les jeux subtils de ses deux formes, de ses deux modes d’existence : « lumière diffuse » et « lumière active ». Ainsi Appia prend en charge la « lumière diffuse de l’ancien théâtre, fournie à l’origine par le gaz et y incorpore la « lumière active » des projecteurs qui modèlent l’espace, l’élargit, le rétréci, l’anime, peut le charger de tensions et le colorer de vie intérieur des personnages.

De simple accessoire, la lumière est devenue un sujet d’exploration, puis un objet à part entière. Elle permet de créer des atmosphères, indiquer un lieu, une heure, modifier l’apparence de la scène et, créetr l’ambiance et le relief. etc. On peut choisir d’éclairer à peine, aux limites de l’invisibilité ou d’éclairer trop, aux limites de l’aveuglement ; il peut se faire aussi qu’on n’éclaire rien (ou presque rien) de façon à ne donner à voir que la lumière elle-même.
La lumière est également un cadrage, elle rend visible  mais surtout elle opère une sélection dans le champ du visible, ce qui permet de focaliser l’attention du spectateur sur un sujet, de déplacer l’intérêt d’un point à un autre.

Scénographie actuelle

Scénographie actuelle

Le rôle de l’éclairagiste

Son rôle  n’est pas vieux. Il est né dans les théâtres de Broadway  à New York parce que les producteurs de spectacles trouvaient que les metteurs en scène consacraient trop de temps à la recherche en l’éclairage. Ils ont imaginé de confier cela à un spécialiste connaissant le matériel et le spectacle dont le travail interviendrait sur un nombre de jours beaucoup plus restreint, d’où une économie évidente. L’éclairagiste a donc en charge la scénographie lumière. Il travaille en étroite collaboration avec le metteur en scène, et aussi avec le scénographe, c’est lui qui va concevoir les effets permettant de créer une atmosphère correspondant à la dramaturgie du spectacle. L’éclairagiste se doit donc d’être polyvalent dans son domaine. En effet il doit à la fois être technicien afin de connaître le matériel, les lois de l’optique, le fonctionnement des directions de la lumière ainsi que de la couleur, mais il se doit surtout d’être un artiste à l’écoute du metteur en scène. Les qualités requises sont donc l’imagination, la sensibilité et la culture générale afin de pouvoir créer une image qui serviront le sens du spectacle voulu par le metteur en scène.

Le concepteur éclairagiste commence donc par lire le texte de la pièce et prend note du type d’éclairage nécessaire à chaque scène, puis il partage ses idées ses ressentis avec le metteur en scène lors de leur première rencontre. C’est après que l’éclairagiste vient faire appel à toutes ses connaissances techniques afin de reproduire l’atmosphère voulue et décidée par le metteur en scène. C’est pourquoi on ne peut dissocier la technique de l’art dans ce métier complexe de l’éclairagiste.

Voici les quatre caractéristiques de la lumière que l’éclairagiste se doit de maîtriser :

l’intensité : L’éclairage de scène peut varier en intensité d’une lueur quasi imperceptible à une luminosité aveuglante. Le contraste a aussi beaucoup d’effet sur l’intensité perçue. Une simple lampe de poche allumée sur une scène obscure semblera très claire, tandis qu’un projecteur ultra-puissant qui s’allume sur une scène déjà fortement éclairée semblera n’avoir que peu d’intensité.

la couleur : La couleur d’un objet sur scène est déterminée tant par sa couleur réelle que par la couleur de la lumière qui l’éclaire. En appliquant des filtres ou gélatines devant les projecteurs, il devient possible d’appliquer aux comédiens des couleurs plus flatteuses, de baigner tout un décor dans une chaude lumière ou de faire mieux ressortir les couleurs du décor et des costumes.

le mouvement : L’intensité, la couleur et la distribution de la lumière peuvent être modifiées aussi vite ou aussi lentement que le concepteur et le metteur en scène le désirent. Par exemple, une scène qui débute dans la lumière rose de l’aurore peut se terminer dans la lumière dorée d’un soleil déjà haut dans le ciel. Ces changements progressifs d’intensité sont ce qu’on appelle le mouvement de la lumière et offrent des moyens d’expression inouïs qu’aucun autre élément visuel de la production ne peut égaler.

la direction : Il y a plusieurs façons de distribuer la lumière sur une scène. On peut en faire varier la forme depuis une lueur douce, sans définition particulière, jusqu’à un rayon aux contours nets et drus qui produira des ombres dramatiques. On peut aussi faire passer le rayon lumineux à travers une plaque de métal trouée, appelée un gobo, et créer ainsi des formes et des intermittences, un peu comme si la lumière traversait un feuillage. Enfin, on peut illuminer les objets en angles de toutes sortes et créer ainsi des effets d’ombres et de lumières très variés, chacune dégageant une atmosphère particulière.

La direction de la  lumière

La direction de la lumière

L’éclairagiste assiste également aux répétitions ainsi qu’à la représentation finale afin de mieux comprendre les effets d’éclairages sur le plateau. Aujourd’hui l’éclairagiste maîtrise les moyens techniques conséquents et bien souvent son art se substitue à celui du décorateur : moins lourd, moins cher et néanmoins riche d’effet. Désormais certaines lumières peuvent être considérées comme de véritables scénographies.

Analyse de deux scènes de Casimir et Caroline

Mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

La pièce se passe à Munich à la fin des années 30 lors d’un fête de la bière où chacun essaye de noyer son manque d’idéal dans la bière. Casimir vient de perdre son emploi et se rend de mauvaise grâce à la fête foraine avec sa fiancée Caroline. Des personnages désorientés, simples employés, grands patrons, petits malfrats se croisent et livrent leur perception de la situation économique. Casimir et Caroline auront vite fait de se séparer entrainés sur des chemins opposés par les circonstances et leur égoïsme.

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La scène est éclairée par une lumière diffuse provenant de la toile de fond qui vient illuminer tout le plateau. Dans cette scène l’éclairage utilise comme caractéristique dominante de la lumière la couleur ainsi que son intensité afin de créer une ambiance particulière. Le spectateur se retrouve alors plongé dans une atmosphère rougeoyante presque inquiétante. Cet effet de lumière permet au décor de se détacher du reste de l’espace scénique.  Ce procédé de rétro-éclairage donne l’illusion au spectateur de ne plus être face à un décor en trois dimensions mais face à des silhouettes qui se découpent sur la toile de fond.  Ainsi, la lumière permet de révéler la structure uniquement par sa forme et son contour et non plus dans son relief et sa matière. Le personnage principal (Caroline) est éclairé par une lumière zénithale frontale. De ce fait, l’œil du spectateur est dirigé vers elle, alors que le dompteur a uniquement le visage éclairé laissant son costume noir dans l’ombre en reprenant le même principe que l’éclairage de la structure. Ce personnage se fond alors dans le décor et ne devient lui-même plus qu’une silhouette.

scène de la discussion

Tout le plateau est plongé dans l’obscurité, hormis un halo de lumière qui permet de délimiter un nouvel espace scénique dans lequel évoluent les deux comédiens. Cet éclairage permet de créer un cadrage sur les deux comédiens afin de centrer toute l’attention du spectateur sur le jeu des acteurs pour ainsi faire disparaître tout le décor. L’espace se retrouve alors dénudé, ce qui sert de sens à ce passage de la pièce. Grâce à cette mise en lumière le temps paraît comme suspendu, le spectateur quitte l’ambiance festive de la fête foraine pour se retrouver dans l’intimité du jeune couple et assister à la remise en question de leur relation. L’éclairage permet également de « zoomer », de créer une parenthèse sur l’histoire de ces personnages à un moment donné de la pièce. Les personnages sont éclairés de face et un autre projecteur vient éclairer les deux personnages de derrière ce qui projette leur ombre au sol et qui souligne leur présence dans cet espace.
Le seul élément de décor éclairé est une roulotte en arrière plan qui permet de signifier au spectateur que nous sommes toujours dans le même décor de la fête foraine. Cette présence accentue l’effet de parenthèse dans l’histoire.

Depuis toujours, la lumière a joué un rôle important voir essentiel à travers les mises en scène de théâtre, cependant avec l’avènement de l’électricité et de toutes les innovations techniques qui en ont découlé, la lumière a pris une nouvelle dimension au sein de la scénographie. De nos jours, la mise en scène est impensable sans la réflexion quant à l’utilisation de la lumière, elle fait partie intégrante de la mise en scène et elle est pensé au même titre que le jeu des comédiens, des décors ou encore de la bande sonore, autant d’outils qui permettent au scénographe de révéler une dimension sensible de la pièce qui servira à faire sens dans le spectacle.

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